En Égypte, le repas du soir pendant le Ramadan ne se résume pas à un simple dîner. L’iftar, la rupture du jeûne au coucher du soleil, structure toute la vie nocturne du pays pendant un mois. Les plats servis varient selon les régions, les budgets et les traditions familiales, mais certains reviennent sur presque toutes les tables égyptiennes.
Iftar égyptien : anatomie d’un repas en plusieurs temps
L’iftar ne commence pas directement par un plat principal. La tradition veut que le jeûne soit rompu avec quelques dattes et un verre d’eau, suivis d’une soupe. Cette progression a une fonction digestive : après une journée entière sans manger, l’estomac a besoin d’une reprise graduelle.
A lire aussi : Le lablabi, un plat typique de la cuisine tunisienne !
La soupe de lentilles corail, appelée chorbet ads, occupe une place centrale sur la table du Ramadan. Épaisse, relevée de cumin et d’un filet de citron, elle constitue le premier vrai apport calorique de la journée. Dans certaines familles, une soupe de légumes ou de poulet prend le relais, mais les lentilles restent le choix le plus répandu.
Après la soupe vient le plat principal, accompagné de pain, de salades et souvent de plusieurs préparations posées au centre de la table pour que chacun se serve. Le repas s’étire, ponctué de pauses, de thé et de desserts qui peuvent arriver bien plus tard dans la soirée.
A découvrir également : Comment utiliser l'application Yuka ?

Plat égyptien du Ramadan : ce qui revient sur la table chaque soir
Certains plats apparaissent presque quotidiennement pendant le mois. D’autres sont réservés à des occasions particulières ou aux premiers jours du Ramadan. Voici les préparations que l’on retrouve le plus souvent lors de l’iftar :
- Foul medames : purée de fèves sèches longuement mijotées, servie tiède avec de l’huile, du citron et parfois du tahini. Plat du quotidien par excellence, consommé aussi bien au petit-déjeuner qu’à l’iftar dans les foyers modestes.
- Mouloukhiyya : soupe épaisse à base de feuilles de corète, préparée avec du bouillon de poulet ou de lapin. Sa texture gélatineuse divise, mais elle reste un marqueur fort de la cuisine égyptienne, particulièrement au Caire.
- Fatta : plat de fête composé de couches de pain rassis imbibé de bouillon, de riz et de viande (souvent de l’agneau), le tout nappé d’une sauce à l’ail et au vinaigre. La fatta apparaît fréquemment lors des premiers jours du Ramadan ou pour les grandes tablées familiales.
- Kofta et kebab : boulettes de viande hachée épicée et brochettes grillées, servies avec du pain baladi et des salades. Leur présence sur la table dépend directement du budget familial.
Le riz, le pain baladi (galette de blé complet) et les légumes marinés accompagnent la quasi-totalité de ces plats. La table égyptienne du Ramadan fonctionne par accumulation : on ne choisit pas un plat, on pioche dans plusieurs préparations.
Cuisine égyptienne et Ramadan : les écarts selon le budget
La composition de l’iftar reflète directement le niveau de vie du foyer. Dans les quartiers populaires du Caire ou de Louxor, l’iftar reste centré sur des plats bon marché et rassasiants : foul, lentilles, riz, pain. Les protéines animales sont présentes mais en quantité limitée, souvent sous forme de poulet plutôt que d’agneau.
Les familles plus aisées diversifient davantage la table. Plusieurs plats de viande coexistent avec des salades élaborées, des feuilletés (sambousek fourrés au fromage ou à la viande) et des desserts achetés chez un pâtissier. Les restaurants et hôtels proposent aussi des formules iftar, notamment dans les grandes villes et les zones touristiques comme Assouan.
Cette différence n’est pas anecdotique. Le Ramadan amplifie les contrastes alimentaires parce que la pression sociale pousse à dresser une belle table, y compris dans les foyers où le budget est serré. Les initiatives caritatives de quartier, les tables collectives installées dans la rue et les distributions de repas compensent en partie cet écart.

Desserts et boissons du Ramadan en Égypte : le sucre après la prière
Les desserts ne sont pas servis immédiatement après le plat principal. Ils arrivent plus tard, souvent après la prière de tarawih (prière nocturne spécifique au Ramadan), accompagnés de thé ou de café.
Le konafa domine la pâtisserie du Ramadan égyptien. Ce dessert fait de cheveux d’ange (pâte kadaïf) fourrés de crème ou de fromage doux, imbibé de sirop de sucre, se vend dans toutes les pâtisseries du pays pendant le mois. Le katayef, petite crêpe farcie de noix ou de crème puis frite ou cuite au four, est l’autre grand classique de la période.
Côté boissons, le qamar al-din (jus d’abricot sec reconstitué) accompagne traditionnellement la rupture du jeûne. Le tamr hindi (infusion de tamarin) et le karkadé (infusion d’hibiscus servie froide) complètent l’éventail. Ces boissons froides précèdent souvent la soupe, dans un rôle de réhydratation immédiate après la journée de jeûne.
Sohour en Égypte : le repas discret d’avant l’aube
Le soir du Ramadan ne s’arrête pas à l’iftar. Le sohour, dernier repas pris avant le retour du jeûne à l’aube, joue un rôle nutritionnel stratégique. Il doit tenir au corps pendant toute la journée suivante.
En Égypte, le sohour reste un repas simple. Le foul medames y revient en force, accompagné de pain, d’oeufs, de fromage blanc (gibna beyda) et parfois de yaourt. L’objectif est de combiner des aliments à digestion lente avec une bonne hydratation. Les familles qui veillent tard après l’iftar prennent le sohour vers trois ou quatre heures du matin, parfois réveillées par le mesaharati, le tambourineur de rue qui parcourt encore certains quartiers pour signaler l’approche de l’aube.
Le sohour a aussi une dimension sociale, notamment dans les villes. Des tentes et des cafés restent ouverts très tard pour accueillir les groupes d’amis ou les familles qui préfèrent prendre ce repas à l’extérieur.
La table du Ramadan égyptien raconte autant les goûts d’un pays que ses réalités économiques. Du foul partagé dans une ruelle du Caire au konafa doré d’une pâtisserie d’Assouan, chaque soir de ce mois redistribue les rôles entre le quotidien et le festif, entre l’austérité du jeûne et la générosité de la nuit.

